Wikileaks: la guerre du politique contre le technologique ou quand la créature surprend son créateur

A l’heure où les médias internationaux continuent d’analyser les impacts résultant de la divulgation par Wikileaks des différents câbles diplomatiques et autres communications de l’armée américaine lors de ses guerres Irakienne ou afghane, il se pourrait que le monde soit au seuil d’un bouleversement cybernétique ayant vocation à modifier notre approche de l’information, du concept de transparence et des relations internationales. J’entends par relations internationales, les relations que peuvent entretenir les Etats entre eux, ainsi que celles que les Etats entretiennent avec la société civile dans son ensemble (regroupée en ONG ou non).

Le monde se divisant sur le sujet en deux catégories de personnes. Ceux pensant que la transparence est nuisible au bon fonctionnement de l’appareil étatique, à ses relations extérieures, et pourrait même constituer un véritable danger. Certains médias et personnalités allant même jusqu’à assimiler Julian Assange à un terroriste, et la société d’investigation journalistique qu’il représente comme une organisation terroriste. Ce raisonnement est à mon sens à bannir et correspond malheureusement en majeur partie à un réflexe d’autodéfense, voire de survie. Cette façon de penser prônée par beaucoup d’homme politique exerçant dans des systèmes dits « démocratiques » laisse rêveur. En effet comment expliquer 20 ans après la fin de la guerre froide et l’avènement du principe de transparence (selon lequel plus une société tend vers la transparence plus elle est démocratique), que la divulgation de correspondance diplomatique dont le contenu était dans l’ensemble connu officieusement ou officiellement par la plupart des gouvernements, ait mis en émoi la communauté internationale au point de mettre en œuvre de gros moyens afin de stopper l’entreprise de Wikileaks et de ses créateurs?

Le modèle démocratique occidental laisse ainsi filtrer un aspect de sa personnalité la plupart du temps évité. A ce titre, son opacité et sa volonté politique tendent vers une mise à l’écart de l’opinion publique sur bien des sujets. Ces derniers n’étant pas nécessairement vitaux à la sécurité nationale ou internationale, mais pouvant tout simplement gêner les gouvernements sur la gestion de leur politique intérieure et étrangère, et plus généralement sur leur façon non consensuelle d’envisager la mise en œuvre de la démocratie à l’échelle mondiale.

Il est d’ailleurs regrettable que le journalisme ait justement tendance par manque de courage, de professionnalisme ou par perte d’indépendance vis-à-vis du politique, à ne relever que l’apparence des faits plutôt que de pousser leurs recherches le plus loin possible, leur permettant ainsi d’atteindre une objectivité indispensable au domaine que l’on appel parfois, à juste titre, le « quatrième pouvoir ».

Si le journalisme ne se contente que d’observer la surface des évènements ou ne fait que refléter la réaction des populations aux différentes actualités, alors il court à sa perte et dévie de sa mission première ; celle consistant à analyser un fait et à fournir, suite à des enquêtes, une réflexion totalement objective pour qu’ensuite elle soit portée à la connaissance de la société dans son ensemble.

Une démocratie, un peuple, à besoin pour s’exprimer de manière juste et appropriée, de cette qualité d’information. La liberté d’expression, de circulation des opinions, le droit de l’information et le droit à l’information (principe inhérent à toute bonne démocratie) le réclame.

Si, comme c’est le cas ces derniers mois, les gouvernements occidentaux réagissent vivement aux divulgations de Wikileaks, afin de restreindre ou de mettre fin à leur action, la société civile est en droit de se demander si cette attitude ne nuit pas à ses intérêts, à son bien-être et la représentation qu’elle se fait d’elle-même.

Les conséquences de cette attitude vont être lourdes dans les deux sens. Cela signifie d’une part qu’il y a de fortes probabilités pour que la mise en place du contrôle ou d’une surveillance d’Internet s’intensifie mettant ainsi en partie fin à la croyance initiale d’une totale « cyber-liberté ».

D’autre part, en sens inverse, les représentants des intérêts de la société civile via Internet, c’est-à-dire, les blogueurs, les sites tels Wikileaks ou ceux de nombreuses ONG comme Transparency International  peuvent se trouver unifier et renforcer par les réactions des gouvernements occidentaux.

L’année 2011 débute ainsi en mettant l’accent sur l’importance de l’information et du pouvoir qu’elle confère à celui qui la détient. En Démocratie, sauf cas exceptionnels mettant en péril les intérêts vitaux de la nation, le peuple devrait être le détenteur de cette information libre et non épurée.

Un faisceau de lumière vient d’éclairer le déroulement d’une guerre ancienne relative à la détention de l’information. Deux  grands participants, la société civile et ses représentants, s’affrontent sur ce qu’il reste de nos démocraties par l’intermédiaire du nouveau champs de bataille que constitue Internet ; laissant ainsi apparaître ce que l’on pourrait appeler un germe de cyber-guerre. Nul doute que cette confrontation modifiera l’approche des citoyens devant l’information dans le même temps qu’elle obligera les gouvernements à repenser leur méthode de protection de l’information.

Ce nouveau support à la guerre de l’information que constitue le cyberespace oppose comme on vient de le voir, des individus, des opinions, des objectifs et des méthodes différentes. Il  ne faut pas omettre que cette bataille concrétise également celle du politique contre le technologique (« le technologique » étant ici synonyme de liberté), et ce serait commettre une erreur  de se prononcer trop vite sur l’issue d’une telle confrontation. Là où le politique a pu vaincre par exemple dans le cas de la Chine expulsant le moteur de recherche Google ou s’attaquant à lui, la victoire des gouvernements sur la liberté proférée par l’immensité de la toile et ses plus ardents défenseurs, les hackers, reste quant à elle beaucoup plus floue, cette nouvelle guerre étant par nature globale.

Jimi V. publié le 11/01/2011 (Home Le Veilleur)

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