Le bienheureux retrait de VLC de l’App Store d’Apple: un hymne à la cohérence
Le Veilleur apprécie toujours les circonstances qui font avancer une situation quand elle est figée. En matière de logiciel Open source, les tribunaux ne font pas avancer les choses. Il est vrai que les affaires concernant les open software ne sont que rarement portées devant un juge, mais quand ils en ont l’occasion, les juges ne nous fournissent pas de solutions exploitables (les tribunaux américains ont poussé l’analyse un peu plus loin que nos tribunaux européens, on ne s’en étonnera pas). Pour la France, l’arrêt qui va le plus loin est celui-ci[1], et vous constaterez que cet arrêt…s’est « arrêté » en chemin semble-t-il !
C’est finalement les actions individuelles qui prennent le pas sur l’action judiciaire, créant une sorte de soft law en la matière, au moins une pratique le cas échéant.
En l’occurrence, il est ici question du retrait d’app store par Apple du pourtant bien aimé lecteur audio/vidéo VLC, distribué sous licence GPLv2. Décryptage.
LE RETRAIT D’APP STORE DU LOGICIEL VLC SOUS LICENCE GPLv2 A LE MERITE DE LA COHERENCE : QUE CHACUNE DES PHILOSOPHIES RESTE A SA PLACE
Le business model d’Apple et la philosophie de la licence GPL[2] sont opposées, quand bien même elles se révèlent extrêmes toutes les deux : Apple fait en sorte de « contraindre » les utilisateurs d’Apple à rester chez Apple, réduisant la liberté du consommateur, qui se retrouve prisonnier d’une cage dorée. Enfermement parfois librement consenti d’ailleurs. Que l’on se réjouisse si cela lui convient ! Les défenseurs de la licence GPL (free software = freedom, not price[3]) cherchent à proposer un modèle qui permet à l’utilisateur une exploitation la plus large possible des logiciels distribués. Cette liberté passe par la fourniture du code source, et par la faculté de pouvoir utiliser, copier, modifier et distribuer le logiciel sans restriction quant au nombre de copie[4].
Ces deux philosophies « extrêmes » s’accordent mal, on le conçoit. Mais les utilisateurs d’iphone et d’ipad comprennent mal le retrait de ce logiciel si utile, et reprochent largement son geste au programmeur à l’initiative du retrait de VLC de la boutique d’applications pour iphone et ipad.
Remi Deni-Courmont, en introduisant cette demande de retrait, en tant qu’auteur de VLC, était parfaitement fondé en droit à le faire. Il a choisi d’adhérer à une certaine philosophie (GPL). Les clients d’Apple ont « choisi » – ne serait-ce que de manière passive – d’adhérer à une autre philosophie.
Avoir VLC sur iOS (= iphone, ipad &co), c’est demander le beurre et l’argent du beurre. C’est vouloir passer entre les files de voitures dans un embouteillage avec un 4×4. Arrive un moment où il faut choisir entre la voiture et la moto : 2 philosophies bien distinctes, mais qui peuvent cohabiter harmonieusement sur les mêmes routes…
BMW produit des 4×4 et des motos me direz-vous : de même, Apple aurait été fondé en droit à permettre juridiquement la distribution de VLC pour iphone, itouch et ipad : il aurait suffit de modifier les conditions de distribution d’app store afin de rendre VLC et app store juridiquement compatibles (c’est-à-dire distribuer VLC sous licence GPLv2 tout simplement…). Sans d’ailleurs que cette exception soit générale : l’exception aurait pu concerner VLC spécifiquement. Une porte ouverte à toutes les fenêtres ?… Apple a fait le choix de fermer la porte, et là encore, c’est parfaitement cohérent avec la ligne de conduite que cette société tient depuis des années.
Consom’acteur, choisissez votre camp !
Virgile Maruani publié le 10/01/2011 (Home Le Veilleur)
[1] CA Paris, 16 septembre 2009, Pôle 5 ch. 10, RG : 04/24298 : Vous pouvez le lire ici : http://fsffrance.org/news/arret-ca-paris-16.09.2009.pdf
[2] http://www.gnu.org/philosophy/philosophy.html
[3] Préambule des licences de la famille GPL : ex : http://www.gnu.org/licenses/gpl.html
[4] Pour un article portant sur ce point : http://www.leveilleur.fr/?p=142
