Les prémices d’une émancipation du gouvernement Afghan ?

Une conférence de la plus haute importante c’est tenue le mardi 20 juillet 2010 à Kaboul. Ayant pour thème l’avenir de l’Afghanistan, elle a réunit le président afghan Hamid Karzaï, la secrétaire d’Etat à la diplomatie américaine Hillary Clinton, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon ainsi que soixante pays donateurs et organisations internationales.

Le principal objectif de cette conférence internationale a été d’exprimer la volonté d’un transfert de la sécurité du pays de la communauté internationale vers la police et l’armée nationale d’ici 2014. Cependant, il ne faut pas se méprendre. L’objectif est bien de favoriser la montée en puissance des autorités de sécurité et de défense afghanes et non d’envisager le retrait des troupes étrangères à cette date. Le président américain, Barak Obama, a déclaré le retrait progressif de ses troupes à partir de juillet 2011 alors que le Premier ministre anglais, David Cameron envisage cette possibilité qu’à compter de 2015. Début août 2010, le contingent néerlandais sous commandement de l’OTAN a quitté la province de l’Uruzgan.

L’autre point évoqué lors de cette conférence tient à l’assistance internationale. En effet, le président Karzaï a exprimé sa volonté de pouvoir gérer l’aide financière versée à l’Afghanistan. Par conséquent, la moitié de l’aide au développement qui lui a été attribuée, arrivera directement entre les mains du gouvernement afghan. De plus, le FMI s’est engagé à octroyer un prêt de 125 millions de dollars.

Cependant, la Conférence Internationale de Kaboul exprime aussi ses inquiétudes quant à la corruption qui ronge l’appareil d’Etat Afghan et la capacité de gestion financière du gouvernement pouvant ainsi mettre un frein au processus de paix et à l’autonomie de gestion de l’aide internationale. En effet, la corruption et le détournement de l’assistance financière persistent en Afghanistan profitant à une minorité. Cette minorité est le plus souvent liée aux hauts dirigeants afghans qui monopolisent les entreprises d’Etat et les contrats des donateurs internationaux. Mais la corruption touche aussi, à un échelon plus bas, les fonctionnaires et les policiers. Le président Karzaï, toujours en quête de légitimité, devra donc faire des efforts pour gouverner son pays et prendre des mesures réelles contre la corruption.

Par ailleurs, Hillary Clinton et la communauté internationale ont manifesté leur soutient au « programme pour la paix et la réconciliation afghane » du président Karzaï. Malgré l’ambition de cette politique de main tenue vers les talibans, les ONG émettent des réticences. En effet, celles-ci craignent que le processus de réintégration des talibans nuise aux droits des femmes et aux minorités. Ainsi, Amnesty International a fait parvenir une pétition à Hamid Karzaï afin de « protéger les femmes afghanes » en lui rappelant que même si des efforts ont été entrepris en faveur des femmes (notamment avec la création d’un ministère des Affaires féminines et l’instauration du principe constitutionnel d’égalité homme-femme), la nouvelle politique gouvernementale ne devait pas être anéantie par « les échanges d’accords militaires et politiques à court terme avec les talibans et d’autres groupes rebelles ».

Au coté des ONG, certains représentants étatique défendent eux aussi la cause des femmes afghanes en indiquant que le processus de paix ne pouvait se faire en les laissant en marge de la société. Le ministre des Affaires étrangères et européennes français a ainsi déclaré que les femmes afghanes ne pouvait faire «les frais d’un règlement politique hâtif ». De plus, Hillary Clinton a annoncé lors de la Conférence Internationale de Kaboul la création d’un programme américain visant à promouvoir l’égalité des sexes et un second relatif à l’amélioration de la santé des femmes et des enfants afghans.

Le programme de la Conférence Internationale de Kaboul est donc ambitieux mais délicat.  Pour faciliter le transfert de la sécurité entre les mains de la police afghane, il faudrait encore augmenter ses moyens notamment en ce qui concerne sa formation, le nombre d’effectif, et l’équipement qui, pour le moment, reste dérisoire.

Par ailleurs, le centre américain de surveillance des sites islamiques a relevé la réaction des Talibans concernant cette conférence. Selon eux, elle ne serait qu’un leurre puisque les actions menées par les Etats-Unis « ne servent qu’à prolonger la guerre en Afghanistan et assurer le maintien des envahisseurs étrangers en Afghanistan, ce sur quoi les masses afghanes ne feront jamais de compromis ».

Ainsi, malgré l’optimisme premier de la Conférence Internationale de Kaboul, les réactions sont mitigées et de gros efforts restent à faire de la part du président Hamid Karzaï pour tendre vers une bonne gouvernance de son pays. Pourtant, une chose est belle et bien réelle : la violence en Afghanistan ne cesse de s’intensifier ces derniers mois impliquant la mort de nombreux civils et militaires.

Par Johanna Vimeux publié le 09/11/2010 (Home Le Veilleur)

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